Le jour où Papa Moustache m’a emmenée au Funérarium

Vous voyez Docteur, j’ai toujours eu une relation particulière avec la mort. S’il fallait déterminer un élément déclencheur, ça serait sans doute un jour d’été en Ardenne profonde. Mon père m’avait emmené au funérarium. Mon père. Il m’a toujours paru grand sans être un athlète. Mince. Les jambes poilues. Ancienne gloire du football provincial, il portait régulièrement ses bas bien relevé sur le mollet – particulièrement celui de son fameux pied gauche. Porteur de prothèses dentaires since 1973, grâce à son coup de tête percutant. Le football. Ce sport me fascine un peu malgré moi et grâce à lui. C’est avec une certaine tendresse que je revois mes hormones pré-pubères s’agiter devant le film « Goal: Naissance d’un prodige ». Avec le recul, je pense que la succession story et l’énergie du stade m’intéressait davantage que la petite gueule de Kuno Becker!

Ma chambre adolescente étaient

Un humour simple. Facile.

Il illustrait un parfait mélange entre Gaston Lagaffe et Bourvil. Un sourire goguenard, Un regard triste. Mon amie Emilie l’appelait « Papa Moustache ». Il la porte bien mais n’en prend pas soin. Elle est sèche et râpeuse. Irrégulière mais bien fournie, la moustache de mon papa. Quand j’étais petite, j’étais intriguée par le caractère tricolore de la pilosité paternelle. Il a réellement commencé à grisonner à partir de ses 50 ans (- Dommage collatéral de mon adolescence tourmentée? -) lorsqu’il a commencé à grisonner. Auparavant, il arborait des cheveux noirs, une moustache rousse et des sourcils blonds. Je n’ai jamais compris mais j’aimais bien. J’ai toujours apprécié les bizarreries. Quand j’étais gamine, j’adorais le dessin animé « Excalibur, l’épée magique ». En plus des deux dragons, à pisser de rire, j’aimais nous imaginer une relation telle celle de Kelly et son père :

Une nuit, dans la période vortex anarchique post-filtre, assommée à coup de cachets de whisky, anesthésiants illusoires du trauma, j’ai affronté pour la première fois mes démons. Ils ont défilé devant moi, un par un. Possédée, durant toute une nuit – noire, d’encre, pas blanche – je les ai affronté à tour de rôle, usant de toutes les possibilités d’action que m’offraient le séjour et la terrasse de l’appartement Carte Postale. La tension exercée par la douleur que la bataille exerçait sur mon corps tenait davantage de la pointe de marathon que de l’hémorragie épique. Il fallait tenir, coûte que coûte, jusqu’au lever du soleil. Jusqu’à l’extinction du réverbère éclairant l’école voisine, tel un phare téméraire. Et puis, vers 3h, elle apparut, la faucheuse. Je ressentis à la fois l’envie de la violenter pour m’avoir volé l’amour de ma vie et lui fus reconnaissante d’avoir accordé assez de considération à mon cas pour venir me rendre visite en personne. Une part de moi se sentait clairement honorée par cette marque de respect. Je soutins sont regard durant environ une heure. Je traversai, des déserts de glaces, des sommets acérés, des mers acides, des volcans suintants, des plaines de tornades, des ruines romantiques, des sentiers empierrés, des gouffres abyssaux, des sanglots irrépressibles, des éclairs de génie, des océans de désespoir, des falaises vertigineuses, des marées suffocantes, des tunnels déchaînés, des passages secrets, des routes dangereuses, des ravins glissants, des asiles abandonnés, des camps de concentration, des églises déshumanisées, des torrents saint-berthélémiesques, des pluies transperçantes, des dragons imaginaires, des clowns tristes, des oiseaux sans têtes, des vides intersidéraux, des grottes profondes, des forêts maléfiques, des pleurs enragés. Pas de drogue. Pas d’alcool. Juste la Mort et Moi. Je lui criai :

Dear Death, I’m begging of you please don’t take my man. Please don’t take him just because you can. Your beauty is beyond compare with flaming locks of auburn hair, with ivory skin and eyes of emerald green. Your smile is like a breath of spring. Your voice is soft like summer rain and I cannot compete with you. He talks about you in his sleep and there’s nothing I can do to keep from crying when he calls your name. I can easily understand how you could easily take my man but you don’t know what he means to me. You could have your choice of men but I could never love again ´cause he ´s the only one for me I had to have this talk with you ´cause my happiness depends on you, whatever you decide to do. Please don’t take him even though you can.
(«Jolene », The Whites Stripes)

« Jolene », the whites stripes

Je lui racontai ma plus belle histoire d’amour, hypnotisée par le regard plein de sens de Barbara. Quelle femme ! Je la passai en boucle, une fois, deux fois, trois fois. Je la partageai sur les réseaux, sans beaucoup de réactions, comme d’habitude. Je tentai d’écrire une comédie-musicale représentative qui finirait perdue des voies de l’informatique, restant souvent pour moi impénétrables.

Il a juste oublié de Vivre. Le con. Était-ce vraiment si compliqué ? Qu’il oublie ses clés soit, qu’il oublie ses clopes soit, qu’il oublie son téléphone soit, qu’il oublie de prévenir ça devient énervant, qu’il oublie d’être sobre, ma foi, qui serais-je pour juger, mais oublier de Vivre? C’est trop.

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